Antidote à la désespérance

La transmission de la foi est infectée d’inquiétudes. Que seront les croyants et croyantes de demain? Plusieurs rêvent à une pandémie. Par-delà nos échafaudages, personne ne peut prédire qui sera atteint! Rencontre avec une femme contagieuse.

Mme Louisette Pelletier Gosselin reprend les mots de la foi chrétienne de façon tout à fait orthodoxe. Son message n’a rien de nouveau. Celui-ci parcourt le temps, traverse les âges… Mais d’où vient cette fraîcheur autour d’elle? C’est à croire qu’on aurait laissé une fenêtre ouverte dans la salle d’entrevue?

Cette femme se donne sans compter depuis 21 ans aux catéchèses pour adultes dans l’association Mess’AJE-Québec. Mère de trois enfants et grand-mère de trois petits-enfants, Mme Louisette Pelletier Gosselin ne laisse rien paraître de ce qui la brûle littéralement de l’intérieur. Hormis ses cheveux d’un blanc lumineux contrastant avec son teint rougeaud, elle se présente avec une extrême réserve et s’avoue franchement timide. Mais, sitôt la question posée du sens de son engagement dans Mess’AJE, elle s’emballe, que dire!, s’enflamme à incendier le sous-sol du presbytère de la paroisse Sainte-Monique à Québec, où se trouvent les bureaux de l’organisme. C’est ainsi qu’elle reprend avec passion cette phrase entendue qui sera le point de départ de son engagement : « On ne peut rester toute sa vie avec la foi de son enfance! » Elle dit : « Quand j’ai découvert Mess’AJE, ça a été pour moi comme un vent de fraîcheur, une nouveauté qui m’amenait hors de mes sentiers battus. » L’association Mess’AJE a pris son expansion à Lille, en France. Née de la rencontre de théologiens et d’artistes dans les années 70 en Israël, les fondateurs se sont dit : « Ne pourrait-il pas y avoir un mince fil rouge conducteur qui partirait des débuts de la foi et qui aboutirait à nous. » C’est sous cette inspiration que ceux-ci allaient échafauder des catéchèses pour adultes que l’on appelle communément à Mess’AJE les Seuils de la foi. « Les Seuils, d’expliquer Mme Pelletier Gosselin, ce sont ces passages illustrés dans la Bible comme dans nos vies qui constituent nos propres cassures ou brisures; celles-là mêmes qui amènent de nouvelles cohérences dans nos vies. »

Elle reprend : « Les catéchèses sont faites pour les adultes. C’est que celles-ci proposent aux participants et participantes, d’une manière tout à fait originale, la relecture de leur vie, et ce, à la lumière de l’expérience de la Bible. La foi de l’enfant, c’est extraordinaire, mais que dit cet enfant quand il a grandi? Comment dialoguer avec un adulte de la foi aujourd’hui? Nous sommes dans un monde complètement ouvert, où tout circule et s’entrechoque. Les adultes de ce monde se posent des questions et ont des doutes. Ils veulent savoir. C’est ça le monde moderne! Et la foi s’y inscrit tout naturellement! Les Seuils de la foi sont donc un soutien pour accompagner les gens dans leur expérience humaine et leur vécu de foi. » Sur le site de l’association, on saisit bien « le cœur » de chacun des Seuils par le moyen de grandes questions comme : Qui est Dieu? Est-il possible de le rencontrer aujourd’hui dans notre histoire? Peut-on garder la foi, même quand Dieu se tait? Jésus annonce les temps de la miséricorde, mais qui est-il? Et si la rencontre avec Dieu n’était pas achevée?

Mme Pelletier Gosselin, très impliquée dans tous les projets de l’association, assure que ce qu’elle préfère encore par-dessus tout, c’est de rencontrer les gens en animant des groupes. Certaines années, elle en animait tous les soirs de la semaine! « J’ai juste une vie à vivre et je veux la vivre sur le terrain! Les réunions d’Église et leur langage ne m’accrochent pas. » « Les mots d’Église me tapent, rajoute-t-elle à voix basse. Je suis incapable d’assister à une rencontre où l’on nous demande d’échafauder des plans pastoraux. Moi, j’aime bousculer les évidences. Sans en avoir l’air, j’ai mon petit côté irrévérencieux! » Elle poursuit : « J’essaie de proposer une foi joyeuse, pleine d’émerveillement. Je n’ai pas envie de ramener le monde à l’église. Mon but, c’est que les gens s’émerveillent d’être vivants. J’ai la conviction qu’un grand désir de Dieu habite l’être humain. Mon dada, c’est d’aller chercher ce désir d’infini chez la personne et de lui dire l’amour de Dieu absolument sans conditions. […] Ma foi est au fond de mes tripes. Ce n’est pas intellectuel, c’est viscéral. Et je sais qu’il y a là une vérité; une vérité qui n’exclut personne, qui rend heureux, qui fonde ce à quoi nous sommes toutes et tous appelés. […] Je suis moi-même une femme qui a une grande soif d’infini en dedans, qui a un grand creux qui n’est jamais comblé. J’ai eu le désir de Dieu très jeune. Cette petite fille existe encore en moi. Elle est toujours en recherche… »

En définitive, ce qui fascine, chez Mme Louisette Pelletier Gosselin, c’est sa passion pour le genre humain et sa manière d’être totalement habitée du paradigme des Seuils de la foi. Cette femme est à la fois claire, simple, touchante et… tranchante! De la trempe des grands prédicateurs, elle pourrait soulever une foule; mais elle préfère « travailler les cœurs », dit-elle. Sa réputation de véritable apôtre au sein de l’association se comprend à son contact. Elle donne le goût de s’approcher des Écritures. Son dynamisme contagieux suscite questions et intérêt. Sa quête est palpable et nous la rend profondément sympathique. Alors que sa manière de dire et de vivre sa propre humanité est bouleversante. Cette femme rafraîchit la foi par son intelligence et sa fougue. J’ai rencontré un antidote à la désespérance.

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