Annine Parent : une femme libre et tenace

Gisèle Turcot, amie d’Annine Parent, a accepté de tracer l’itinéraire pour nous d’une femme à la foi tenace et qui, en 1977, fut aussi la première femme laïque à occuper, dans un diocèse, le poste de directrice de la pastorale d’ensemble...

Typiquement Québécoise par ses origines, son parcours, sa culture conviviale, Annine Parent l’est aussi par sa foi libre, audacieuse et persévérante. Annine est née et a grandi à Loretteville, à proximité de la grande ville de Québec. Elle apprit très tôt le sens des responsabilités. Avant de prendre le chemin de l’Institut Saint-Louis, elle devait chaque matin s’assurer de la bonne marche de la maison et des préparatifs du repas, car sa mère fut atteinte très jeune d’une grave maladie cardiaque. Malgré cela, Annine se souvient que l’atmosphère de la maison était joyeuse, sa mère encourageant toujours la maisonnée à s’amuser, à recevoir, à fêter. Il ne fallait pas s’empêcher de vivre à cause de la maladie. Quant au père, il accepta entre autres choses la charge de maire de Loretteville.

Joindre la foi chrétienne et le service : telle semblait être la marque de cette famille. Annine fut témoin des gestes charitables d’une grand-mère paternelle qui n’étaient pas toujours approuvés par le curé. Descendante d’Irlandais qui avaient connu l’exil, celle-ci n’hésitait pas à manquer la messe du dimanche pour offrir un copieux déjeuner aux pauvres gueux qui n’avaient que la station de chemin de fer pour asile le dimanche. En privé, elle disait : « Il ne faut jamais contredire un curé, mais il faut agir selon sa conscience. » Le sens critique fait partie d’une foi intelligente, éclairée et agissante. Annine Parent l’a exercé, spécialement, dans son engagement avec la Jeunesse ouvrière catholique (JOC). Puis vint le temps d’élever une famille. Installé à Loretteville, le couple Annine Parent – Gérard Fortin s’engagea dans le Service d’orientation des foyers (SOF). Appelé à servir au conseil national, le couple parcourut le Québec, de la capitale à l’Atlantique. Habitués à une vie simple, doués tous les deux d’une fine psychologie, rien n’était à leur épreuve pour accomplir leur travail de communicateurs témoins.

Enrichie de ses diverses expériences, Annine se retrouve en 1973 à l’emploi de l’archidiocèse de Québec, en pastorale sociale avec François Thibodeau, Yvan Tremblay et Gilles Poulin, une équipe promotrice de l’engagement social chrétien qui s’est fait connaître dans tout le Québec par les sessions SPES. La créativité d’Annine en animation est proverbiale; elle a été consolidée par des études en andragogie qu’elle a poursuivies à l’Université Laval tout en étant en emploi. En 1987, le cardinal Louis-Albert Vachon, archevêque de Québec et primat de l’Église au Canada, la nomme directrice de la pastorale d’ensemble, une responsabilité jadis confiée à des évêques auxiliaires. Dès lors, Annine siège au Conseil de l’évêque, au Comité des nominations, au Comité de gestion, seule femme autour de la table. Cela la place à la jonction des niveaux exécutif et consultatif, appelée qu’elle est à interpréter la pensée des décideurs et celle des responsables des services diocésains d’éducation, de la pastorale familiale et sociale, des ressources humaines, des régions pastorales, une position délicate, voire inconfortable.

Annine a participé de 1982 à 1984 au Comité ad hoc sur la place des femmes dans l’Église, créé par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). En 1987, elle fut nommée experte au Synode romain sur la vocation et la mission des laïques dans l’Église et dans le monde, au même titre que Paul Tremblay, prêtre de Chicoutimi. À la même époque, elle fut membre de plusieurs comités de l’Assemblée des évêques du Québec. Ses diverses responsabilités n’ont pas empêché Annine Parent de s’engager personnellement à promouvoir la participation des femmes à la mission de l’Église. On ne compte plus les projets, les colloques, les rendez-vous auxquels elle a contribué, sans oublier les douzaines d’articles qu’elle a publiés. Membre de l’équipe de fondation du groupe Femmes et ministères (1981), elle en est la coprésidente, avec Pauline Jacob, depuis 2006.

En tant que laïque, Annine défriche des sentiers jusque-là inconnus et s’ingénie à découvrir les chemins qui gardent ouvertes les possibilités de dialogue. Son combat pour la justice et la participation des laïques et des femmes l’a mise depuis longtemps à l’écoute des souffrances et des espoirs de celles et de ceux qui veulent faire de l’Église un lieu d’espérance pour le monde de ce temps, dans l’optique de Vatican II.

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