André Patry récidive

Dans son dernier livre, le « père Jean » ne parle plus de son expérience personnelle, mais donne directement la parole à ceux qui vivent derrière les barreaux ou correspondent avec eux. Aveux et confidences.

En 2009, il publiait son autobiographie, 38 ans derrière les barreaux1, et voilà que, sous son alias de « père Jean » (nom de religieux qu’il portait en prison), il nous livre ces Confidences de prisonniers2. Le premier livre de Patry parlait de lui-même, son deuxième laisse la parole à ses vis-à-vis en prison.

Un renversement inusité s’opère. Alors que le discours religieux porte habituellement sur le contenu (la doctrine), voici un prêtre qui écoute d’abord le drame de foi qui se joue chez l’autre, pour une annonce de l’Évangile qui soit pertinente. Et cet autre prend rarement la parole en public, dans l’opprobre de la prison, quand ce n’est pas du fond du trou, la prison dans la prison. Pour ce livre, le père Jean a puisé dans une documentation très riche colligée durant plus de quarante ans de pastorale auprès de détenus ou d’ex-détenus : plus d’un millier de lettres qu’il a reçues personnellement, mais aussi des prières, des poèmes, voire des mots qu’il a consignés dans son journal de bord. Il présente d’autres types de correspondances spirituelles qu’on ne soupçonnerait pas dans ce milieu.

Sait-on qu’il y a des correspondances régulières entre des moniales et des détenus? En témoigne ce paragraphe d’une lettre de remerciement d’un prisonnier qui a visité un Carmel : « Alors que beaucoup d’entre nous sommes devenus prisonniers par manque d’amour… vous, vous êtes des prisonnières d’amour sans dossier. » Plus émouvants encore, ces graffiti sur les murs d’une cellule ou du trou. Cris silencieux, message à destinataire inconnu, parce qu’il n’y a là personne pour comprendre. Lancés comme des bouteilles à la mer, ils disent le sentiment d’abandon ou l’émerveillement. Ainsi, le graffiti de ce prisonnier, à la suite de l’éclosion d’un bouton de fleur coupée qu’il a rapporté de la chapelle : « La gloire de Dieu s’est manifestée ce matin dans ma cellule! »

Une mine d’aperçus de parcours de foi, de vie, dans des conjonctures qu’on ne veut pas très souvent imaginer. On trouve ici non pas des discours de foi ni de spiritualité très élaborés mais la vérité vive de gens en situation extrême. Cela va de la note d’excuse d’un gars qui va se suicider (comme souvent, juste avant de sortir de prison) à l’évocation d’un Noël en dedans par un condamné à perpétuité, en passant par une demande de rencontre en vue du mariage entre un détenu mi-anglican mi-athée et une bonne catholique.

Une lecture qui mène au cœur du quotidien carcéral avec ses difficultés, ses tragédies et sa capacité d’humour. Au cœur de la condition humaine avec les questions sur la souffrance, la justice, le silence de Dieu et la présence de l’Amour.

1. Corédaction avec France Paradis, Novalis, 2009. Voir l’article à ce sujet déjà paru dans Sentiersdefoi.info.

2. Père Jean, Novalis, 2012.

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