André Belzile : un passeur sur un sentier de résilience

« Nous avons peur de notre propre grandeur, peur d’aller jusqu’au bout de nous-mêmes. » Un homme a ouvert un sentier d’accompagnement qui conduit au bonheur d’être soi-même.

Au secondaire, André Belzile est d’abord attiré par l’électronique. Sans succès. Intéressé par le religieux, il se questionne sur la prêtrise, pour l’exclure ensuite. Vers 1969, il entreprend un baccalauréat en enseignement secondaire à l’Université Laval, avec pour majeure la catéchèse, et la psychopédagogie en mineure. Les stages le déçoivent. À 23 ans, une amie lui fait remarquer : « Tu aimes écouter. » Il lui revient alors à l’esprit que beaucoup de personnes aimaient se confier à lui quand il n’avait encore que 14 ans. Cela l’amène à choisir des études en counselling pastoral qu’il poursuivra à l’Université Saint-Paul d’Ottawa jusqu’à la maîtrise. Il se marie vers 1985 et 3 enfants naissent de cette union.

À l’Université Saint-Paul, c’est là qu’il fait la connaissance du professeur Yvon Saint-Arnaud1, oblat, passionné par la rencontre des personnes avant toute chose et cherchant à « comprendre la personne humaine ». Une véritable aventure commence pour André. Au début des années 1980, un taux de suicide élevé chez les médecins psychiatres soulève l’hypothèse que les souffrances confiées par les patients finissent par affecter les médecins eux-mêmes. Or chez le professeur Saint-Arnaud, il observe tout le contraire: il prétendait qu’« écouter, ça repose énormément », du moins « quand on écoute comme il faut ». De fait, en plus de ses 30 heures d’enseignement, il accompagnait une centaine de clients à qui il consacrait 30 heures par semaine, sans compter les groupes du soir et toutes les fins de semaine occupées… Pourtant, il dégageait beaucoup de sérénité…

En 2008, André présente une thèse qui démontre le lien entre l’expérience religieuse et la résilience. Sa sœur, travailleuse sociale à la retraite était venue l’écouter, accompagnée de plusieurs amis psychologues. Ceux-ci ne manquent pas ensuite de le questionner : « Comment faites-vous pour ne pas vous laisser écraser par la souffrance? » Il répond : « On souffre toujours de quelque chose de merveilleux qu’on n’arrive pas à avoir. Aussi, j’entends toujours l’espérance en arrière des blessures, du comportement « croche », des souffrances. Mon écoute est centrée sur les valeurs de fond de la personne. J’observe que la personne est toujours en quête d’absolu quelque part. Elle est attirée par un plus-être – différent du mieux-être, prôné aujourd’hui – un plus-être qui nourrit la fierté de l’être et aiguise son goût de dépassement. »

André Belzile s’inspire de Roberto Assagioli2, neuropsychiatre contemporain de Freud. Celui-ci exprime à Freud son désaccord quant à son assertion selon laquelle les problèmes d’ordre psychologique auraient leur source dans le refoulement de la sexualité et de l’agressivité. Assagioli soutient au contraire n’avoir jamais observé cela dans sa pratique. « Refoulement oui, dit-il, mais du sublime! Nous avons peur de notre propre grandeur, peur d’aller jusqu’au bout de nous-mêmes, ou jusqu’au plus profond de nous-mêmes. C’est exigeant, il est vrai. Nous souffrons de ceci : de ne pas arriver à être à la hauteur de ce qui nous rendrait merveilleux! » Et André de poursuivre : « Il y a un espace au cœur de soi qui est imbrisable, incorruptible, où Dieu est là. » Durant ses 25 années de pratique, c’est le témoignage qu’il a reçu chez tous ceux, même enfants, qui ont vécu des drames terribles : « « Heureusement, Dieu était dans ma vie », affirment plusieurs. Aussi, l’important, c’est cette prise de conscience, cette reprise de contact conscient avec le grand JE qui vit au cœur de moi. J’observe que l’être humain est construit avec un mécanisme salutaire, qui dit notre plus grande dignité. Aussi, mon approche thérapeutique consiste à débroussailler la souffrance, mais en gardant toujours à la vue ce qui élève l’autre. On ne barbote pas dans la souffrance. Vers 1970, on croyait que se vider de ses émotions suffisait à s’en libérer. Or ce n’est pas d’abord la parole qui libère, mais le fait d’être entendu qui permet de reconstruire son image intérieure. On vit dans un monde où l’on attend le bonheur. Il faut le construire! Pour cela, il faut adopter une posture intérieure : se tenir droit! Il faut se donner un milieu et des amitiés favorisant cela. »

Lorsqu’il accompagne une personne, il l’invite à faire de « petits devoirs » et à se questionner : « Quelle suite puis-je apporter à cet entretien, pour que j’aille plus loin? » Avant de se coucher, il l’invite à se demander : « De quoi suis-je fière aujourd’hui? Quels talents ai-je mis en œuvre pour mon bonheur et le bonheur de ceux qui m’entourent? Cela demande un dépassement. La plupart viennent chercher un soulagement. Ils ne viennent pas pour guérir, parce que c’est exigeant. Or on ne peut pas être profondément bien sans y mettre un peu d’effort. L’évangile n’est pas mielleux. Aimer est exigeant, mais c’est ce qui est grand. »

En tant que psychothérapeute pastoral, tel qu’il se définit, André Belzile désire aider la personne à se resituer au cœur de sa dignité, parce que cela l’élève. Il précise : « Parce que c’est bon d’être soi. C’est de là que vient la Joie. L’être humain a un profond besoin et désir de se sentir quelqu’un pour quelqu’un d’autre. Et la toute première expérience religieuse est intra-utérine, alors que je suis en relation avec quelqu’un qui est tout pour moi, et que j’ai de la valeur aux yeux de ce quelqu’un. »

André Belzile a cela de particulier, dans le paysage de la psychothérapie, de réaliser ce lien entre l’expérience religieuse et la résilience, et de démontrer que Dieu lui-même est partie prenante de cette résilience. Il se propose simplement de marcher avec la personne sur un chemin d’Emmaüs, peu importe où elle est, peu importe ses moyens financiers, pour aller un peu plus loin ou un peu plus haut. Il se propose de lui faire expérimenter, à la suite d’Yvon Saint-Arnaud – lui qui cultivait la capacité de goûter la vie dans les petites choses comme dans les grandes et qui parlait de Dieu avec jouissance – qu’il est très bon d’être soi.

1. Yvon SAINT-ARNAUD, La guérison par le plaisir, Novalis, 2002.

2. Roberto Assagioli est un médecin neuropsychiatre, pionnier de la psychanalyse italienne et initiateur de la psychosynthèse.

  • Suggestion de lecture

  • Boris Cyrulnik, La résilience, Éditions Fabert, 2009

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