Alexandra L’Heureux Bilodeau, coureuse des bois

Qui aurait cru qu’il restait des coureurs (et encore moins des coureuses!) des bois au Québec? Voici une jeune femme qui marie aventure en forêt, études et vie spirituelle.

En plein hiver québécois, sur une colline, est plantée une tente bien « renchaussée » de neige. Dans cet espace de 12 pieds sur 14, une jeune femme s’affaire autour d’un poêle à bois. Le plancher est en branches de sapin et le lit en cordages. N’ayant pas d’électricité ni d’eau courante, elle s’éclaire à la chandelle. « Faut « patenter » toutes nos affaires nous-mêmes! », dit-elle. Où sommes-nous et à quelle époque? Nous sommes à une demi-heure de raquette du cégep de Gaspé, pendant l’année scolaire 2007-2008, et la jeune femme, Alexandra L’Heureux Bilodeau, est une étudiante en tourisme d’aventure. Des amis d’étude avaient construit cette « tente de prospecteur » en forêt. Elle passera ainsi ses deux dernières années d’études dans le bois tout en allant au cégep à plein temps. Le petit appartement en ville ne convenait pas à son âme sauvageonne.

Née à Saint-Anselme, dans Bellechasse, elle a poussé dans la nature, avec un père coureur des bois et un grand-père qui l’amenait avec lui couper du bois. La nature lui est comme une seconde peau. Aventurière, cette jeune femme est avide de découvrir de nouvelles cultures. À 18 ans, elle est allée toute seule en Équateur. Alors, pour son stage d’étude, elle choisira de faire un séjour chez le peuple montagnais. C’est ainsi qu’elle allait entreprendre seule, en plein hiver, donc en raquettes, de parcourir le sentier de motoneige « la route blanche », allant de Natashquan à Blanc-Sablon, soit 530 kilomètres. Il n’y a plus de route après Natashquan… c’est le plein bois. Un peu téméraire peut-être? « Ma grand-mère a prié bien fort son chapelet pour que je n’y aille pas toute seule… »

D’ailleurs, en cours de préparation, elle fait la rencontre de Carl à qui elle a parlé de son projet et qui deviendra son ami. Ils ont tellement en commun qu’ils décident de partir ensemble. Prière de grand-mère exaucée. Un périple de deux mois et demi dont deux mois de marche. Ils furent chaleureusement accueillis, de village en village, autant chez les communautés montagnaises que dans les maisons québécoises. « On demandait l’hospitalité en cognant aux portes (sept portes au premier village… après ça a bien fonctionné). En échange, on leur partageait nos chansons et notre musique – elle la flûte et la guimbarde, et lui l’harmonica – en plus d’anecdotes sur notre aventure. » Ce partage s’est même étendu aux écoles du primaire et du secondaire, dont quatre jours à Blanc-Sablon, où ils faisaient de l’animation à partir du folklore québécois. « On leur laissait comme message qu’il faut aller au bout de ses rêves. » Pour la subsistance, « on nous a souvent donné de la nourriture ou un peu d’argent de sorte qu’on a pu payer notre retour en bateau ».

Certains soirs – les autres soirs, ils tombaient de fatigue… –, ils ont joué de leur musique et révisé leur journée pour régler les conflits. Comme ils sont croyants tous les deux, ils ont prié ensemble. « On est attirés par la forêt et la vie de prière, par la simplicité comme coucher sous la tente sans commodités modernes. Ce voyage m’a apporté beaucoup de paix et de confiance en moi », confie Alexandra. Heureusement qu’ils sont partis à deux, car lorsque des problèmes de santé se sont présentés, ils ont pu s’entraider. « Lorsque j’ai eu un problème à une jambe, Carl m’a traînée sur son traîneau pendant dix kilomètres. » Elle est particulièrement intéressée par les communautés autochtones et souhaite participer à leur bien-être, surtout avec les jeunes. D’ailleurs, l’été passé, elle a travaillé dans les communautés inuites en prévention de la délinquance. Leur projet d’avenir : « On veut rester ensemble, vivre dans le bois avec les moyens du bord en grande simplicité. »

Alexandra poursuit présentement des études en théologie à l’Université Laval tout en faisant un séjour d’un an au Centre Agapê1. C’est sa première année dans la grande ville de Québec. « Je suis à Agapê pour m’enraciner dans ma foi et trouver ma vocation. » De sa foi, elle dira : « Mon espérance est en Jésus Christ qui me rend à moi-même chaque jour. Je sens que je suis aimé de lui. C’est mon roc. C’est solide. » Les deux pieds sur ce roc, bien enracinée dans son histoire et complice de la nature, elle ne craint pas de s’aventurer hors des sentiers battus. Sera-t-elle aussi une coureuse des bois dans sa foi?

1. Le Centre Agapê est un lieu de formation pour les jeunes adultes de 18 à 35 ans qui désirent mieux se connaître, approfondir leur foi et participer à une expérience concrète de vie chrétienne. www.centreagape.org

Sur la photo : Alexandra et son ami Carl

Mots clés :
, , , , ,