À vin nouveau outres neuves

L'Heureux naufrage : l'ère du vide d'une société post-chrétienne, un film documentaire présentement à l'affiche du jeune réalisateur Guillaume Tremblay, fait le point sur la religion catholique romaine et la recherche de sens au Québec. Nous en relevons les principaux enjeux.

L'Heureux naufrageLe film s’ouvre sur des dessins animés : une église esquissée au fusain, quelques automobiles sur le stationnement, quelques personnes s’en venant tranquillement vers cette église… Puis, en gros plan, une petite famille, l’enfant au centre soutenu par ses parents. Le vent souffle. L’enfant regarde derrière lui : les feuilles tournoient, la pluie tombe drue. Maintenant, le voilà de dos. Ses parents semblent le pousser à entrer. Une fois dans l’église, pendant que les adultes célèbrent la messe, lui regarde dehors par les grandes fenêtres.

Cette scène nous plonge au cœur du sujet : il fait tempête! On voit un bateau qui s’échoue. Exactement ce qui se passe actuellement au Québec avec la religion. Nous assistons au naufrage de ce que l’Église a véhiculé au fil du temps. On ne sait plus très bien « à quel saint se vouer », comme on disait autrefois. Est-il surprenant que dans cette animation, l’enfant s’empresse de chercher à voir plus loin que ce qui se passe à l’intérieur de l’église? Les questions s’incrustent : comment, quand et où trouvera-t-il ses réponses?

À partir du point de vue de personnalités d’origine québécoise et française1, L’heureux naufrage propose un itinéraire de réflexion en trois principales étapes :

1. Le constat du grand changement survenu au cours des trente-cinq dernières années

Actuellement, seuls quelques nostalgiques du passé cherchent à remettre les choses « comme elles étaient avant ». Et sans crainte de se tromper, on peut endosser ce que Frédéric Lenoir déclare : « La religion dogmatique et dominante, on n’en veut plus. » En cela, on peut dire qu’au Québec, « les bottines suivent les babines », tant l’institution religieuse a perdu de plumes et continue fortement d’en perdre.

2. La prise de position personnelle pour la foi

Or il appartient à chaque personne de se situer dans ce nouvel univers qui s’est installé au Québec. Jacques Grand’Maison affirme : « L’existence de Dieu, ce n’est pas une évidence, alors qu’avant c’était une certitude. » Ce que le philosophe Comte-Sponville soutient aussi à sa manière : « Si quelqu’un vous dit : “Je sais que Dieu n’existe pas”, ce n’est pas d’abord un athée, c’est un imbécile. La vérité, c’est qu’on ne sait pas. Personne ne sait. De même si vous rencontrez quelqu’un qui vous dit : “Je sais que Dieu existe”, de mon point de vue, c’est un imbécile qui a la foi. »

3. L’engouement pour les valeurs importantes chez nous

Denise Bombardier déclare : « Il y a une révolution spirituelle à faire au Québec. » Stéphane Archambault, jeune compositeur interprète, père de famille, entérine en disant : « Du jour au lendemain, on s’est sentis abandonnés. […] On a arrêté de chercher. Il y a tellement de vide autour qu’on s’est concentré sur autre chose et on a arrêté de regarder notre vide dans les yeux. Moi, […] je pense qu’il faut prendre notre vide en main. […] Si nos enfants nous posent ces questions-là, il ne faut pas les escamoter. Ce sont des questions importantes et il faut y répondre du mieux qu’on peut. Et savoir que “je ne sais pas”, c’est aussi une réponse. Il ne faut pas dire à l’enfant : “Ne m’achale pas avec ça.” Faut dire : “Oui, c’est une grande question et on va se la poser ensemble.” »

Et voilà l’enfant qui revient au centre des questions. Parce qu’au fond, qui aura le plus besoin de repères précieux, sinon l’enfant qui vit toutes sortes de situations et a peu de balises pour s’orienter? Éric-Emmanuel Schmitt va jusqu’à dire : « On est quand même dans la seule époque où, quand un garçon de 15 ans demande à son père : “Quel est le sens de la vie?”, le père se tait. » À l’école cependant, ce même jeune reçoit de l’enseignement en éthique et en culture religieuse. On y parle des valeurs à développer pour qu’une harmonie s’installe entre les personnes dans l’ensemble de la société. Cette formation véhicule l’ouverture en opposition avec la fermeture que les adultes ont connue. Le jeune peut choisir ses valeurs, alors qu’auparavant, elles étaient toutes préétablies et intouchables.

Vers la fin du film, Frédéric Lenoir, Jean-Claude Guillebaud, Bernard Émond, Éric-Emmanuel Schmitt, Solange Lefebvre, André Comte-Sponville, Denis Arcand et Benoît Lacroix soulignent tous que les valeurs d’égalité, de liberté, de respect de soi, d’honnêteté et bien d’autres sont issues des évangiles, c’est-à-dire de la parole de Jésus de Nazareth fait Christ.

Mais ces valeurs, considérées comme fondamentales, pourront-elles inspirer les générations suivantes? Celles-ci voudront-elles connaître ces valeurs, avoir le courage d’en vivre et le souci de les protéger? Viendra-t-il le jour où monsieur et madame tout le monde, les décideurs, les leaders, les médias donneront des exemples probants de respect de valeurs essentielles? Ce jour-là, nous pourrons dire : « Heureusement que ce naufrage est survenu. » Il nous oblige à réfléchir collectivement à la sauvegarde de ce qui fait notre bonheur et notre épanouissement, ici, au Québec.

1. Anthropologues, philosophes, journalistes, prêtres, historiens, théologiennes, écrivains, compositeurs-interprètes, cinéastes, psychanalystes, économistes, sociologues.

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