À la rencontre de Jeanne Le Ber, l’ange de Ville-Marie

Quand on est fréquentée et séduite par l’Amour lui-même, on ne s’en sort pas indemne. C’est l’histoire d’une femme qui revient visiter sa ville natale, Ville-Marie.

Dieu nous donne des trésors qui sont souvent cachés et qu’il réserve pour les temps difficiles, les temps de grande soif et de désespérance, des temps comme le nôtre, avec ses scandales financiers, ses injustices et ses violences inhumaines, l’arrogance des riches et des puissants, l’esclavage de la consommation et la menace d’extinction de notre espèce sur cette planète. Vers qui se tourner quand ni l’argent, ni les fonds de pension, ni la science, ni les plaisirs de ce monde ne peuvent nous rassurer et calmer notre cœur? Or Dieu, dans sa sagesse, a parsemé notre histoire, surtout en ses débuts, de témoins brûlants, de femmes exceptionnelles, dont Jeanne Le Ber, pour nous éclairer et nous interpeller. Les connaissons-nous et nous inspirons-nous de leur vie de foi, de prière et de charité?

Dans le cadre des activités de la semaine consacrée à Jeanne Le Ber, plusieurs activités étaient organisées à l’initiative de la Congrégation Notre-Dame qui a hébergé la recluse de Ville-Marie pendant près de 20 ans. En ce dimanche 27 septembre 2009, à la Maison de prière Notre-Dame, à Longueuil, les sœurs de la Congrégation Notre-Dame, leurs associés et ceux des Recluses missionnaires qui poursuivent aujourd’hui le charisme de Jeanne Le Ber, se sont rassemblés pour entendre madame Thérèse Simard, théologienne, leur parler de Jeanne.

Cette magnifique jeune femme, Jeanne Le Ber, belle, intelligente, instruite chez les Ursulines, de la famille la plus riche de la colonie, refuse les demandes en mariage et se fait recluse à 18 ans, d’abord dans la maison familiale pendant 15 ans, puis derrière la chapelle de sœurs de la Congrégation Notre-Dame pour le reste de sa vie (décédée à 52 ans). Quelle mouche l’a piquée? Plutôt se demander quel Amour l’a marquée? À la source de son engagement, une histoire d’amour avec Jésus Christ rencontré surtout dans l’eucharistie. Cet amour, loin de l’enfermer sur elle-même, aura le don de l’ouvrir au monde par la charité. Ainsi, elle partagera sa fortune avec les pauvres de son milieu – elle paiera l’instruction de plusieurs jeunes amérindiennes – et confectionnera des vêtements pour les pauvres en cohérence avec la vision de la charité de son époque. Femme de silence et de communion, elle suivra les événements sociaux et politiques de la colonie et les portera dans sa prière, comme font les Recluses missionnaires aujourd’hui.

Habile et disciplinée, elle a appris la broderie chez les Ursulines. Elle confectionnera ainsi des vêtements sacerdotaux et des nappes d’autel d’une grande beauté et mettra 15 ans à réaliser le chef d’œuvre qu’est le parement d’autel dit de la colombe du Saint-Esprit (vers 1700). Une pièce à contempler et à méditer avec la colombe/Esprit au centre qui fond sur notre monde pour le fleurir en un jardin luxuriant débordant de vie et de couleurs. N’est-ce pas ce que l’Esprit produit dans notre désert intérieur et dans celui du monde (Is 41, 18). Comme le rappelle la conférencière, « la beauté se crée dans le silence » et « la sainteté est reliée au cœur qu’on met aux tâches quotidiennes ».

Jeanne Le Ber a assumé pleinement son baptême : prêtre, prophète et roi. Les associés des Recluses et des Sœurs de la Congrégation s’inspirent de cette femme exceptionnelle qui les conduit à « Jésus, Pain de vie, donné pour la vie du monde ». Ce Jésus, sa pierre d’aimant cachée sous l’humble apparence du pain et des pauvres, qui attire comme un feu et pousse à être pain partagé et artisan de paix et de justice comme lui. Et Jeanne Le Ber, une femme gardée en réserve pour notre temps.

Pour mieux connaître Jeanne Le Ber, voir l’excellent site de Thomas Angelitti (www.jeanneleber.com) et celui des Recluses missionnaires (www.reclusesmiss.org).

Coordonnées

  • Bureau Jeanne Le Ber,
  • 400, rue Saint-Paul,
  • Montréal (Québec) H2Y 1H4
  • 514 282-8670 poste 248
  • motremblay@cnd-m.com

    Références

    Jeanne Le Ber, 1662-1714, Monastère des recluses missionnaires, Montréal, 1983.

    Jeanne Le Ber, Recluse en Nouvelle-France Lampe ardente Sentinelle dans la nuit, Cahiers de l’Oratoire Saint-Joseph no 10, Montréal, 2001, 214 p.

    Francoise Deroy-Pineau, Jeanne Le Ber. La recluse au cœur des combats, 1662-1714, Montréal, Bellarmin, 2000, 193 p.

    Yvon LANGLOIS, Blanche orchidée : Jeanne Le Ber, Montréal, Y. Langlois, 1993, 135 p.

    Mots clés :
    , , ,