Résister, espérer, inventer

Il y a convergence entre les aspirations profondes des peuples de la terre et le Souffle libérateur qui anime les chrétiens engagés dans la société. Sentiersdefoi.info a participé, cet été, au 7e Forum Théologie et libération, à Montréal.

Atelier SDFDu 8 au 13 août 2016, s’est tenu, à Montréal, le 7e Forum mondial Théologie et libération (FMTL), organisé par le Réseau œcuménique Justice, écologie et paix (ROJeP) et un comité élargi de membres de divers organismes québécois, en collaboration avec le Secrétariat général du FMTL situé à Porto Alegre (Brésil). « Le FMTL est un espace œcuménique, dialogal et pluriel visant à stimuler la création de spiritualités et de théologies contextuelles à perspective libératrice à propos d’enjeux cruciaux de notre temps1. » Quelque 425 personnes s’y sont inscrites. Le collège Jean-de-Brébeuf était le lieu des grands rassemblements. La thématique – Résister, espérer, inventer, un autre monde est possible – rejoignait celle du Forum social mondial (FSM)2. C’est qu’il y a convergence entre les aspirations profondes des peuples de la terre et le Souffle libérateur qui anime les chrétiens engagés dans la société. C’est ainsi que les ateliers du FMTL ont été intégrés dans la programmation du FSM avec des centaines d’autres sous le vocable « activités autogérées ».

Voici quelques exemples de ces ateliers animés par des groupes et organismes chrétiens dont celui de Sentiersdefoi.info :

  • L’exercice des couvertures : un exercice de sensibilisation à l’histoire coloniale et à la réalité des peuples autochtones d’ici. Par le Réseau œcuménique Justice, écologie et paix (ROJeP).
  • Formation sur la traite des personnes (exploitation sexuelle et travail forcé) au Québec et au Canada. Par le Comité contre la traite humaine interne et internationale (CATHII).
  • La religion a-t-elle sa place dans la construction d’un « autre monde possible »? Par Dominique Boisvert.
  • Laudato Si’  : une invitation au changement. Par Coopération internationale pour le développement et la solidarité (CIDSE).
  • La sécurité alimentaire. Par la Table diocésaine de pastorale sociale de Montréal.
  • Decolonizing Faith : the role of multifaith organizing in the global justice movement. Par Community of Living Tradition.
  • Le Revenu minimum garanti : camper en dehors des murs de notre modèle économique. Par le Mouvement des travailleuses et des travailleurs chrétiens (MTC).
  • Non-violence, le fondement d’un « autre monde possible ». Par Antenne de paix (Pax Christi international).
  • La justice réparatrice, visage d’une justice communautaire et humaniste qui s’intéresse aux personnes touchées par la violence et le crime. Par le Centre des services de Justice réparatrice (CSJR).
  • Travailleuses et travailleurs migrants : pas des marchandises! Par le Centre Justice et foi.
  • Témoins d’un monde nouveau qui émerge. Par Sentiersdefoi.info. Intervenants : Élisabeth Garant, Michel-M. Campbell, Gérard Laverdure et Raymond Levac.

Témoins d’un monde nouveau qui émerge

Nous étions environ une quarantaine de personnes, presque toutes âgées et engagées socialement, à participer à l’atelier de Sentiersdefoi.info « Témoins d’un monde nouveau qui émerge », dans un local de l’UQÀM. Vous trouverez les deux présentations en début de ce numéro. L’aperçu des 150 numéros de SDF, faite par Catherine Foisy, démontre la grande variété et la richesse des sentiers qui sont défrichés et consolidés au Québec, au nom d’une foi vivante, audacieuse et engagée. Cela rejoint le grand Souffle, la Vague de fond, qui soulève irrésistiblement le monde actuel. Michel-M. Campbell a rappelé l’urgence de réhabiliter le lavement des pieds, d’aller au bout de ce paradigme, pour éviter de s’enfermer dans les rituels très formalisés comme la « messe » et les sacrements. Avec le scandaleux lavement des pieds, le corps et le toucher reprennent leur place de sacrements; nous y retrouvons la posture du Serviteur et nous y sommes tous égaux avec nos pieds salis par « la merde » ramassée sur la route.

Paroles de participants et participantes

À la fin de la dernière journée, en grande assemblée, nous avons prié ensemble et échangé des lampions les uns avec les autres, comme on avait partagé nos lumières, nos peines et nos espoirs; un moment très émouvant. Puis, ce fut l’évaluation finale, chacun ayant 45 secondes pour s’exprimer. Voici quelques-uns de ces commentaires :

  • Chaque peuple a une histoire coloniale.
  • Je suis effrayé de voir les liens entre christianisme et colonialisme.
  • Tou moun c’est moun.
  • Je vais développer un esprit critique envers le capitalisme, les livres d’histoire du Canada et les Églises.
  • On a des réfugiés autochtones parmi nous parce que le gouvernement ne finance pas les services pour répondre à leurs besoins.
  • Il faut tout décoloniser et faire place aux théologiennes. Le concept de « décoloniser sa pensée » est nouveau pour moi.
  • Je suis plus colon(isé) et féministe que je pensais.
  • La question de l’égalité et de la dignité des femmes reste entière, surtout dans les religions.
  • Faudrait inviter des théologiens de l’islam.
  • J’ai fait trois prises de conscience : les pouvoirs nous font subir une désinformation massive; nous sommes dans un processus continuel de conscientisation et j’ai à décoloniser ma relation avec les peuples autochtones. (Denise Couture)

Décoloniser notre esprit

Celle qui a animé la prière au début de la journée de clôture nous a fait chanter un hymne du passé (traduit en ojibwé) qui rappelle la complicité des pouvoirs religieux chrétiens avec les pouvoirs politiques, ici l’Église anglicane et l’Empire britannique. Le chant religieux joue ainsi un rôle idéologique pour exprimer et inculquer la supériorité du christianisme européen et de l’Empire, quel qu’il soit. On y entend que l’Occident sauve de l’erreur les autres religions et cultures en leur apportant les lumières de la Vérité et de la civilisation. Cette découverte a marqué ma journée, car elle a planté dans ma conscience la question de la colonisation de mon propre esprit, comme de celle de mon peuple. Mes pensées, mon inconscient, ma foi, ma pratique seraient donc colonisés? Ne dit-on pas de nous-mêmes, Québécois, que nous avons encore des réflexes de colonisés, des sentiments tenaces d’infériorité? Quelles sont les idéologies de la culture dominante de mon passé et de mon époque – capitalisme, matérialisme, patriarcat, scientisme, racisme, rationalisme, scepticisme, etc. – qui squattent encore mon esprit à mon insu? Quels débris non évangéliques du passé encombrent encore ma conscience : lambeaux de morale mortifère, de légalisme, de non-confiance en soi, de mépris de la femme et des « non-clercs », de mépris du corps et de la sexualité. Faire la vérité sur soi et son histoire (rentrer chez soi) est un immense travail archéologique et thérapeutique qui conduit à l’émergence de l’être véritable que nous sommes, à la liberté évangélique et à la libération collective. Le souffle du Ressuscité honore sa parole de nous accompagner chaque jour dans cette grande traversée de l’histoire humaine et de nous sortir de nos tombeaux, de nous libérer de la terre d’esclavage, en autant que l’on y croit et que l’on continue de marcher ensemble en toute solidarité.

Une vidéo donnant un aperçu de l’atelier :

2. Voir le bilan du ROJeP.

2. Voir ce communiqué du ROJeP.

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