Former des citoyennes et des citoyens debout

Sommes-nous capables de « parler localement le langage universel de l'Évangile du Christ »? Invitation à renouveler nos pratiques et notre discours.

L’histoire des Filles de Saint-Paul — et de leur fondateur — nous amène à réfléchir sur l’inculturation de la foi. Comme l’apôtre Paul, des chrétiens et des chrétiennes brûlent encore de ce vif désir d’annoncer l’Évangile de Dieu. Mais comment parler à nos contemporains un langage qui soit audible? Comment porter une Parole qui soit « entendable » par les hommes et les femmes de ce début du XXIe siècle?

Il y a plus de 100 ans, c’est une recherche passionnée de répondre aux besoins de leurs contemporains avec les moyens modernes de l’époque qui a inspiré les fondateurs Jacques Alberione et Thècle Merlo. À la lecture de l’itinéraire des Filles de Saint-Paul présenté ici, la même passion est palpable. Passion pour l’Évangile, passion pour que « des hommes et des femmes se tiennent debout dans notre société », avec le souci constant de parler dans la langue du peuple.

Quels sont aujourd’hui les moyens modernes mis à la disposition de ceux et celles qui ont été saisis par la Parole et veulent s’adresser aux hommes et aux femmes de ce temps? Des expériences se réalisent ici et là. Par le biais du blogue, quelques personnes transcendent les limites de l’espace réel pour poser, dans l’univers virtuel du Web, les questions de recherche de sens, cherchant à dire la foi chrétienne dans la culture du temps. D’autres groupes produisent des webmagazines pour présenter des sentiers de foi originaux ou des pratiques novatrices de justice sociale, par exemple. Les réseaux sociaux posent le rapport espace-temps d’une façon inédite. Même le Pape n’hésite pas à faire quelques gazouillis sur Twitter. Il faut bien être de son temps!

Mais au-delà de ces moyens modernes de communication, c’est la capacité d’adapter son discours qui importe. La capacité de parler localement le langage universel de l’Évangile du Christ. C’est la capacité de porter une parole vivante qui soit audible — et crédible — pour les hommes et femmes d’aujourd’hui.

C’est le défi qu’ont relevé les Filles de Saint-Paul. Cherchant à « atteindre les citoyens du monde d’aujourd’hui pour ouvrir les esprits et les cœurs à la Parole », elles n’ont cessé d’innover, n’hésitant pas à interrompre des pratiques autrefois pertinentes, mais qui n’étaient plus adaptées à une culture en changement. N’y a-t-il pas là modèle à imiter pour des sentiers plus traditionnels? Peut-on oser cesser des pratiques qui furent jadis novatrices, mais qui ne parlent plus la langue du peuple? Pour rendre possible l’innovation, ne faut-il pas avoir l’audace de faire de la place, de dépoussiérer et de transformer profondément des manières de faire? Ne faut-il pas interroger sans cesse des « traditions » afin de demeurer fidèles à la Parole vivante.

Enracinées dans une communauté existant dans 51 pays, les Filles de Saint-Paul de Montréal ont fait de la librairie Paulines de cette ville un modèle unique. Dans la librairie du quartier Rosemont-Petite-Patrie, les livres religieux et spirituels côtoient les livres d’intérêt général et les livres pour enfants comme pour les adultes. Des conférences sur des enjeux d’actualité sont offertes. Des alliances se tissent avec des personnes laïques pour l’animation. Fidèles à l’esprit du fondateur qui affirmait : « Si les gens ne lisent pas la Parole, s’ils ne l’ont pas en main, comment peuvent-ils en vivre? », les Filles de Saint-Paul de Montréal semblent dire par leur projet incarné dans la réalité montréalaise : « Si les gens ne lisent pas, s’ils ne peuvent connaître et discuter des enjeux contemporains, comment peuvent-ils devenir des citoyens debout dans notre société? »

Toujours un même horizon : par le livre et la parole, susciter la rencontre avec l’Autre et avec les autres. Permettre à des hommes et des femmes en quête de sens de se rencontrer et de marcher ensemble. Elles ont créé un modèle adapté à la réalité québécoise dans un réseau pourtant international. Comment traduire cette inspiration dans l’ensemble de la réalité ecclésiale? Comment parvenir à conjuguer l’unité et l’universalité de la foi chrétienne dans un langage local? Dans les recherches actuelles de nouveau modèle d’évangélisation, y a-t-il place pour l’audace et l’innovation d’un langage local? Comment faire en sorte que « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes et des femmes de ce temps » deviennent effectivement « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ1 »? À l’heure où les nouveaux moyens de communication semblent mettre en échec les frontières traditionnelles du temps et de l’espace, il nous faut prendre le risque d’écouter les aspirations réelles de nos contemporains et contemporaines et apprendre à parler la langue de notre temps.

1. Gaudium et spes, no 1.

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